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Le Manoir du Serrain

Lorsqu'on voyage en Europe et qu'on visite châteaux, églises et monuments anciens, on est émerveillé par la beauté, la richesse, la majesté et la splendeur des lieux, mais il est rare qu'on se sente secoué dans le plus intime de ses fibres.


Quand je suis allé au Manoir du Serrain à Durtal, ce fut tout à fait différent. J'ai ressenti des émotions vraiment spéciales, vraiment fortes, vraiment prenantes, dont je veux vous faire part dans ce bref article.

Je m'étais bien préparé à cet événement, mais rien ne s'est passé comme je l'avais prévu. Au lieu de contrôler la situation, je me suis comporté comme un robot guidé par l'aspect physique des choses de même que par un certain recueillement respectueux des ancêtres.

Il faut dire, toutefois, que, ce jour-là, la température se montrait particulièrement belle et grisante. Il semblait que tous les éléments s'étaient ligués pour provoquer l'envoûtement, presque l'extase et m'entraîner dans un autre monde.

En effet, le soleil de juillet était radieux. Il faisait une douce brise qui amplifiait les bonnes senteurs : senteur de la fraîche verdure, senteur du foin coupé, senteur de la terre ancestrale, senteur vivifiante de l'eau du Loir, senteur hospitalière du chez-nous.

Une fois entré à l'intérieur du mur d'enceinte, un simple coup d'oeil, rapide et circulaire, m'a fait voir arbres, rivière, jardins, potager et, aussi, l'ensemble des bâtiments : hangar, remise, manoir, salle de garde, pigeonnier, écuries ... Cela a suffi pour déclencher en moi un sentiment de bien-être, voire une sensation d'appartenance à laquelle je n'ai pu échapper.

À partir de ce moment très intense, j'ai fait un voyage, corps et âme, long de quatre siècles dans lesquels se sont succédé plusieurs générations de D'Amours. J'ai partagé leurs joies et leurs peines, j'ai assisté à leurs défaites et à leurs victoires, j'ai vécu leurs espoirs et leurs déceptions, je me suis senti un maillon de la chaîne de vie.


Possédé par l'environnement, intégré à l'histoire et imprégné de sacré, je me suis surpris à parler tout bas et à marcher à pas feutrés de peur de troubler le repos des mânes de nos pères. Je me suis, également, appliqué à ne toucher à rien du tout par crainte de couper quelques liens d'importance avec le passé.

C'est ainsi que j'ai marché silencieusement, respectueusement, presque religieusement, visitant chambre, boudoir, cuisine et salle à manger. C'est ainsi que j'ai remarqué au passage des dalles de plancher déplacées, des marches d'escalier usées, des murs lézardés et déplâtrés, des pierres qui savaient raconter à qui veut l'entendre toute cette merveilleuse et extraordinaire saga de la Famille D'Amours.

Une fois revenu dans l'autobus pour effectuer le retour, j'ai retrouvé tous mes esprits et tous mes moyens. Il ne s'agissait plus de vivre un rêve, si intéressant et si poignant fut-il. La réalité des choses s'imposait, tout en laissant place encore un peu à une lourde charge émotive.


Les quinze ou vingt personnes faisant partie de ce voyage ont avoué qu'elles venaient de vivre un temps fort de leur existence. Elles ont affirmé tour à tour qu'elles avaient eu l'impression, même la conviction profonde d'avoir été habitées par un esprit qui les avait hantées tout le long de la visite du manoir.

Voilà en gros la somme des souvenirs et des émotions que m'ont inspirées ces vieilles pierres du Manoir des D'Amours. Ces vieilles pierres, Madame la Comtesse de Quatre-barbes est en train de les restaurer de façon admirable pour l'ensemble de la communauté de Durtal et aussi pour toute la descendance des D'Amours.

Jean-Marc D'Amours, d.d.s.

 

Le Serrain (dernières nouvelles 16-12-2001)

Je suis restée bien silencieuse en 2001 et vous prie de m’en excuser. Je crois bien ne pas vous avoir remercié de l’envoi du Sanglier que je lis toujours avec beaucoup de plaisir et d’attention. C’est formidable tout ce que votre famille arrive à faire en différents domaines. Les Quatrebarbes qui sont une très ancienne et nombreuse famille n’arrivent pas à se constituer en Association familiale et pourtant, ce serait aussi très intéressant. Je vous remercie donc de me compter parmi les « abonnés » du Sanglier.

Maintenant, quelques nouvelles du Serrain. L’an 2001 a été calme! Nous avons terminé la façade principale en mettant des semi-gouttières aux angles pour protéger les murs du genre modestes gargouilles en cuivre. Nous avons achevé le grand escalier, joint des pierres et posé vasques de plomb à chaque palier pour évacuer l’eau de pluie. Et nous avons réparé le puits du Seigneur! Ce qui a été long et compliqué, car il y avait des doutes sur la façon dont était son toit à l’origine et il a fallu trouver des grosses dalles d’ardoise brute taillées à la main… On a trouvé par relation dans une ferme désaffectée des fonds de mangeoires que l’on a taillés à la bonne dimension. Tout cela prend un certain temps. Mais ça y est, c’est fini.

Et puis, on a « attaqué » le Pigeonnier, ce qui est un gros travail, car il était en très mauvais état, fendu de bas en haut à plusieurs endroits. On a déjà démoli l’angle le plus atteint et il est reconstruit à moitié, car il fait froid dans les douceurs angevines et il gèle –4oC toutes les nuits. Les maçons ne peuvent plus travailler dehors. Alors, dedans, on a entrepris la réparation de la façade des roues à pains XVe et de la grande cheminée de pierre qui les encadre. Il y a beaucoup à faire dans cette première cuisine du Manoir mais si on y arrive, ce sera déjà ça de fait, car il en reste à faire… encore beaucoup un peu partout! Le jardin, lui, âgé de sept ans maintenant, est superbe et attire visiteurs et compliments! C’est agréable!

À droite, sur le pigeonnier, la jambe de force qui le maintenait a disparu. Elle cadrait une petite fenêtre murée qui était la porte d’entrée des pigeons à l’étage supérieur, car ce pigeonnier a un plafond cavalé à mi-hauteur. Ce qui manque, c’est l’échelle pour y accéder ou un petit escalier étroit. La 5e cheminée à droite est celle des fours à pain que nous avons rebâtis.

(carte postale de LARBRESDAMOURS)

Cette carte postale trouvée lors d’une visite dans le musée situé dans le Bois de Boulogne vous revient de droit, n’est-ce pas XVIIIe

Madame la Comtesse de Quatrebarbes (propriétaire du Manoir)

 

Le Serrain

Encore merci, mille fois merci de votre expédition du Sanglier bien arrivé ici il y a quelques semaines et aussi mille excuses pour vous en accuser réception si tardivement ! Comme à l’habitude, je l’ai feuilleté et lu avec intérêt et grand plaisir. Il me semble qu’il devient de plus en plus épais ou gros votre Sanglier ! Je n’ai pas été très bavarde ces derniers temps et m’en excuse. En 2002, on s’est battu et débattu pour le Pigeonnier sur lequel nous n’avons pas été autorisés à refaire les 3 lucarnes dans le toit à l’est, ouest et sud. La toiture ayant dû être refaite, début XIXe, on a supprimé ces lucarnes par économie et le privilège avait disparu … 

 

On s’est rattrapé en les dessinant sur chaque pente de la toiture et on a rajouté une girouette « fleur de lys » dont je suis très fière! Puis, cet hiver, janvier – mars, nous avons dû changer de porte maîtresse (chêne du XVe ou XVIe ?) car elle n’entrait plus dans les murs est – ouest par usure et nous avions des problèmes d’écartement des murs et d’affaissement des planchers. Donc, nous avons dû déménager et j’ai couché presque 2 mois dans le salon avec une jambe cassée car j’avais glissé dans la boue le long du Loir et suis tombée, foulé une cheville et fendu le péroné. Fin de l’histoire. Ce qui me cause encore des problèmes, pour le moment, une jolie sciatique !!! Mais les travaux reprennent peu à peu, le petit puits au pied du pigeonnier est joli. Nous travaillons dans l’ancienne cuisine, partie XVe du manoir où nous avons trouvé 2 fours à pain murés que l’on a dégagé et que l’on restaure. Ensuite, ce sera la douve côté ouest qui est en mauvais état mais il faut la vider, la curer et reprendre tous les murs en soutènement, ainsi que le petit bâtiment de service qui le borde, Ce sera un gros travail prévu pour fin septembre. En attendant, le jardin est beau et a été très fleuri, mais ces dernières grosses 

 

chaleurs inhabituelles à cette époque l’ont fait défleurir. Heureusement, le Loir est là et nous puisons dedans pour entretenir pelouses et plates-bandes. Nous avons toujours quelques Canadiens qui passent visiter le Serrain, dont certains d’Amours. Je pense que bientôt d’autres vont nous surprendre. J’ai toujours le même ménage de gardiens depuis 8 ans et le chien Nocturne depuis 5 ans qui me garde bien aussi ! 

Edequatrebarbes

 

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Dernière modification : 28 oct. 2005